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Ce qui est organique…

 

 

Les revues Permanences (49 rues des Renaudes, 75017 Paris) et Le Sel de la terre (Couvent de La Haye-aux-Bonshommes, 49240 Avrillé) de cet été rendent parallèlement un bel hommage à la pensée de Jean Ousset qui mérite toujours d’être lue ou relue. Le mode d’action contre-révolutionnaire qu’il proposait de mener pour restaurer un ordre social et chrétien garde en effet aujourd’hui toute sa pertinence et beaucoup d’hommes politiques ou d’associations civiques feraient bien de s’en inspirer davantage.

Conformément à la fameuse formule selon laquelle la Contre-Révolution n’est pas une Révolution contraire mais le contraire de la Révolution, Jean Ousset écartait d’emblée un certain nombre de méthodes, procédés et moyens bien intentionnés certes mais souvent trop issus ou dépendants de cette Révolution (dialectique droite-gauche, constitution d’un « parti » politique, d’une franc-maçonnerie blanche, d’un grand rassemblement ou mouvement trop artificiel, activisme, agit-prop…), pour cultiver des principes plus enracinés dans ce qui fait non pas l’artifice mais l’essentiel d’une société.

C’est ainsi, rappelle Cyril Duchâteau dans Le Sel de la terre, que le (co)fondateur de la Cité catholique proposait notamment « l’action capillaire » : « Cette méthode consiste pour le chrétien à diffuser les principes de vérité dans son milieu naturel, soit de façon personnelle en créant un cercle de travail appelé “cellule”, soit de façon organique en créant des réseaux d’amitié contre-révolutionnaire, professionnels ou internationaux. Elle est dite capillaire parce qu’elle vise à renouveler le tissu social en l’irriguant grâce aux réseaux, comme font les vaisseaux capillaires pour le corps humain. » Et Permanences de nous rappeler « les 3 degrés de l’action » : des individus aux institutions en passant par des groupes intermédiaires de toutes sortes.

Autant cette méthode d’action simple nous apparaît saine et efficace pour réanimer une société simplement étiolée (comme elle pouvait l’être encore dans les années cinquante), autant, cependant, elle nous apparaît insuffisante pour réanimer une société gravement cancéreuse. Or, en l’espace d’un demi-siècle, un saut qualitatif brusque a été malheureusement franchi en matière de culture de mort. A tel point que la plupart de nos organes institutionnels, pour reprendre la métaphore organique, ont plus besoin aujourd’hui d’anticorps résistant et luttant contre leurs toxines que d’être irrigués par des vaisseaux capillaires, même si cette action capillaire et missionnaire demeure légitime, nécessaire et bienfaisante dans son ordre.

Nous n’allons pas réveiller ici la « disputatio » qui nous a opposés, entre autres, aux animateurs d’Ichtus sur un « sain et légitime communautarisme » comme complément indispensable au « style d’action » proposé par la rue des Renaudes et qui recoupe d’ailleurs « la dynamique des réseaux naturels » (cf. Le communautarisme est-il un péché ? aux éditions Via Romana). Car rien de sain n’est jamais complètement fermé ni cloisonné dans le monde organique, contrairement au monde clos (mécanique) de l’individualisme. Disons pour faire court et par un exemple ponctuel en ce jour de rentrée scolaire, que sans renoncer à agir dans l’Education nationale ni dans l’Enseignement catholique sous contrat, nous avons à cette heure prioritairement besoin de l’alternative des écoles indépendantes telle que tend à la susciter, la promouvoir, la soutenir et l’harmoniser la très auxiliaire Fondation pour l’école d’Anne Coffinier, à la fois selon les principes d’un juste communautarisme et selon ceux d’Ichtus.

Un autre exemple encore ou plutôt une analogie : les communautés traditionalistes ou les communautés nouvelles dans une Eglise en crise majeure, gravement déficiente et désorganisée. Parlant des communautés nouvelles promues notamment par le cardinal Cordes, Benoît XVI a pu écrire ceci à ce dernier à l’occasion de son 75e anniversaire (cf. Zénit du 25/12/2009) : « Il est vrai que, pour ce qui est de l’organisation et de la planification, il existait de bonnes raisons de se scandaliser du fait de l’irruption d’expériences nouvelles et imprévues qui ne se laissaient pas toujours incorporer dans les formes d’organisation existantes. Tu as vu que ce qui est organique est plus important que ce qui est organisé (…). Certes, ces mouvements doivent être ordonnés et ramenés au sein de l’ensemble ; ils doivent apprendre à reconnaître leurs limites et à devenir partie de la réalité communautaire de l’Eglise… »

Mis à part les questions doctrinales, ce qui vaut pour les communautés nouvelles vaut pour les communautés traditionalistes. Et ce qui vaut pour la réalité communautaire de l’Eglise vaut pour la réalité communautaire de la société politique. En période de trouble ou de grave infection, d’invasion étrangère, le sain et légitime communautarisme (dûment ouvert et ordonné au bien commun) doit être dans la société politique ce que les communautés traditionalistes et nouvelles sont dans la société ecclésiale. Ce qui est organique est plus important que ce qui est organisé…

REMI FONTAINE

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n°7171-20100903

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