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Le politique et le prophète ?

 

Très révélateur le grand débat Leonetti-Le Méné au sujet de la révision des lois de bioéthique dans le dernier Famille chrétienne ! L’un (Jean Leonetti), le « Monsieur Bioéthique » de la  majorité, justifie à la fois une extension du dépistage de la trisomie 21 (lors du diagnostic préimplantatoire) et de la recherche sur l’embryon (malgré des alternatives possibles plus prometteuses). Le second (Jean-Marie Le Méné), président de la Fondation Jérôme Lejeune, dénonce évidemment ces justifications faites au nom du « consensus » et d’une fausse logique du « moindre mal » comprise comme « moindre pire ». Laquelle logique de « transgression assumée » procède aussi par « restriction mentale », comme nous l’expliquions dans Présent du 2 décembre dernier.

Lors du colloque final des Etats généraux de la bioéthique à Paris, le 23 juin dernier, Leonetti avait d’ailleurs défini négativement sa méthode et son principe : « L’éthique n’est pas le bien ou le mal, le vrai ou le faux. Et la question n’est pas de savoir qui a tort ou raison, où sont le vrai et le faux… » A la question de savoir s’il a tenu compte de l’avis de l’Eglise, il le redit ici positivement à sa manière : « Nous avons essayé de tenir compte de tous les avis. (…) Le compromis quand il existe, s’effectue à l’issue d’un doute collectif et en référence à nos valeurs communes. »

Sans renoncer à faire entendre leurs voix dans ce débat pipé dès le commencement (cf. Présent du 11 février 2009), c’est ce principe et cette méthode qu’auraient dû d’emblée condamner les théologiens ou les évêques mandatés, dont on écoute, maintenant encore, le silence ou l’acte manqué d’une « Eglise par omission »

Mais, contrairement à ce que laisse entendre Samuel Pruvot de Famille chrétienne dans son commentaire, ce duel-là n’est pas entre le politique et le prophète. Car si Le Méné sait souvent prendre légitimement le ton prophétique qui manque à nos évêques, son propos était en l’occurrence essentiellement politique, d’un moindre mal bien compris selon la consigne du § 73 d’Evangelium vitae.

La distinction trop commode n’est pas entre politique et prophète, pour mieux les unir subrepticement dans une diversité légitime, chacun droit dans ses bottes respectives, conciliant « sarkos-cathos » et « cathos-provie » ! C’est une opposition « non négociable » entre une politique intolérable et une politique recevable pour un catholique, selon précisément qu’elle obéit au bien ou au mal, au vrai ou au faux, selon des critères bien précis d’inversion ou d’aggravation (même limitée) du mal…

C’est d’ailleurs ce que vient de rappeler Benoît XVI le 15 janvier dernier devant la session plénière de la Congrégation pour la doctrine de la foi : « Face à la tentation de substituer à la vérité un consensus, fragile et facilement manipulable, la foi chrétienne offre une contribution valable aussi bien dans le domaine éthico-philosophique, ne fournissant pas de solutions toutes faites aux problèmes concrets, comme la recherche et l’expérimentation biomédicale, mais proposant des perspectives morales fiables, à l’intérieur desquelles la raison humaine peut rechercher et trouver des solutions valables. »

On ne sauvera rien ni avec une demi-raison (celle du consensus !) ni avec un demi-christianisme (par restriction ou schizophrénie mentale !) : le politique et le prophète doivent marcher ensemble dans la même direction sans faux remèdes ni faux-semblants, au risque de la dissidence.

 

REMI FONTAINE

© Présent.fr

La Une

n°7028-20100210

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